étude des fortifications allemandes sur la côte méditerranéenne en France
 
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 Monaco : occupation allemande 1943-1944

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MessageSujet: Monaco : occupation allemande 1943-1944   Mer 26 Mar 2008 - 15:46

Suite au reportage de France 3 du Jeudi 26 Mars 2008 "DROIT D'INVENTAIRE":

extrait du Nouvelle Observateur:

Les dossiers noirs de l’Occupation dans la principauté
Monaco, l'argent et les nazis

C'est le rocher le plus luxueux du monde. Le territoire où le mètre carré face à la Méditerranée vaut le plus cher. Où les chagrins d'amour de ses princesses font dans le monde entier la fortune de la presse du cœur. Mais ce paradis des Rolls, des yachts et des bancos fabuleux était encore, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, un petit Etat au bord de la faillite. C'est pendant l'Occupation italienne puis allemande que Monaco est devenu une entreprise florissante. Comment? Grâce à une extraordinaire opération de blanchiment de l'argent orchestrée par les nazis. Vincent Jauvert a pu reconstituer, grâce à des archives inédites, l'histoire secrète de la prospérité monégasque au temps des années noires

Tout commence par une étrange découverte dans les archives américaines: une courte note des services secrets US sur Monaco. Que dit ce document du 29 mars 1945? Que la principauté, Etat neutre, est, comme la Suisse, un centre de blanchiment de l'argent des pillages nazis, un «refuge des capitaux ennemis». Et l'officier de renseignement américain insiste sur la collaboration financière très active entre le gouvernement monégasque et le Reich, de 1940 à 1944. Mais il ne livre pas de détails. Il fait seulement allusion à Radio-Monte-Carlo, à Mandel Szkolnikoff, à une certaine banque Charles et à LouisII de Monaco, le prince régnant de l'époque, le grand-père de Rainier... Comment en savoir plus?

A Monaco, on ne parle pas de l'occupation nazie. Ou seulement par allusions. Les livres officiels d'histoire, ceux qui célèbrent cette année le 700e anniversaire de la dynastie Grimaldi, évoquent la période de manière lénifiante ou très évasive. Dans «Il était une fois Monaco» (Editions du Rocher), Jean des Cars écrit: «Il y eut des réfugiés, des résistants, des représailles, des déportations et des exécutions.» Mais l'étude ne va guère plus loin. Et bien entendu, de collaboration financière ou de blanchiment d'argent nazi, il n'est même pas question. Un seul livre non «officiel», celui-là évoque ces sujets: «Monaco sous les barbelés» (1), un courageux ouvrage de Denis Torel édité par Beate et Serge Klarsfeld en 1996. Mais lui non plus ne contient pas beaucoup de précisions: il est essentiellement consacré à la répression antisémite et à la Résistance dans la principauté.

Consulter les archives du palais princier? Le conservateur, Régis Lécuyer, dit que c'est impossible. Pourquoi? «C'est trop tôt pour les ouvrir, trop de gens...» Trop tôt, trop de gens. Heureusement, d'autres archives nous ont été ouvertes en Suisse et surtout en France notamment la correspondance diplomatique entre Vichy et Monaco (grâce au Quai-d'Orsay) et les rapports sur les biens monégasques séquestrés à la Libération. Ainsi, nous avons pu reconstituer les dossiers noirs nauséabonds parfois de l'Occupation à Monaco.

....


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MessageSujet: Re: Monaco : occupation allemande 1943-1944   Mer 26 Mar 2008 - 15:47

Les Grimaldi, l'argent et la guerre... A la veille du conflit, la principauté est quasiment ruinée. Paradis fiscal, sans impôt direct, l'Etat monégasque vit notamment grâce à un pourcentage sur les recettes de la Société des Bains de Mer, qui exploite les jeux à Monte-Carlo. Or, en 1933, Monaco a perdu le monopole des casinos, et ses concurrents de la Côte d'Azur – Nice, Cannes, Juan-les-Pins, qui ouvrent alors des établissements de jeu – détournent une grande partie de sa clientèle. A la veille du conflit mondial, le chiffre d'affaires de la SBM a fondu. Le trésor princier aussi.

A la fin de la guerre, en revanche, il est florissant. En février 1944, le ministère de l'Economie de Vichy veut comprendre pourquoi. Un inspecteur des Finances, M.Montarnal, est envoyé en principauté. A son retour, éberlué, il écrit dans son rapport de mission, époustouflé: «La trésorerie monégasque, qui était en voie d'épuisement en 1937, disposait fin 1943 de 188millions de francs immédiatement réalisables.» Parce que les dépenses ont été freinées? «Bien au contraire: elles ont été multipliées par trois depuis 1938.» En fait, ce sont les recettes qui ont explosé.

D'où vient cette soudaine richesse? D'abord de gigantesques magouilles aux dépens du fisc français (voir encadré page 9), des malversations couvertes, encouragées par le gouvernement princier. Mais la principale source de revenus, c'est, plus que jamais, le Casino. En 1941, la Société des Bains de Mer fournit péniblement 3 millions de francs au Trésor monégasque. Deux ans plus tard, elle contribue pour 80 millions... En janvier 1943, quelques jours après l'arrivée des troupes fascistes à Monaco, le consul Jeannequin écrit à Vichy: «La principauté traverse actuellement une prospérité financière inouïe. Les fêtes de Noël et du jour de l'an ont vu se rassembler à Monte-Carlo une foule innombrable de gens qui se sont rués sur le seul casino demeurant ouvert à l'intérieur de notre territoire.» Et Jeannequin ajoute: «Jamais, même aux temps les plus prospères, la partie n'avait atteint un tel niveau... ni une telle durée, puisque dans la nuit du réveillon le baccarat n'a cessé qu'à 8 heures du matin. Lesrecettes se montent à des sommes astronomiques.» Qu'en pensent les Monégasques? «La majorité d'entre eux, écrit le consul, se réjouit d'une pluie d'or dont les éclaboussures l'atteignent.» Qui en particulier? «Les croupiers de baccarat, qui ont gagné 40000 francs chacun dans le seul mois de décembre, ou les maîtres d'hôtel et premiers garçons de restaurant dont les pourboires n'ont pas été inférieurs à 15000francs.» Et Jeannequin entend préciser aux lecteurs incrédules: «Je tiens ces chiffres du commissariat de police de Monte-Carlo.»

Qui sont ces flambeurs de l'Occupation qui perdent des millions chaque soir? Bien sûr, il y a quelques vieilles fortunes, restées ou venues à Monaco après l'armistice. Mais les gros joueurs, ce sont avant tout des dignitaires nazis et des trafiquants de tout poil devenus milliardaires en quelques mois par le marché noir, le pillage et la spoliation des biens juifs. Monaco ferme les yeux et devient l'Etat croupier de l'Axe.

Son Etat prête-nom aussi – et toujours avec la bénédiction du prince. Des blanchisseurs de l'argent nazi s'installent dans la principauté. Non seulement ils jouent à la roulette, mais ils investissent, ils camouflent le produit des trafics et des pillages, grâce à des montages juridiques complexes. Et toute la société monégasque en profite. En effet, les sociétés écrans – autorisées par le gouvernement princier – prolifèrent. Et ces centaines de firmes fantômes rémunèrent grassement quantité de gens. En février 1944, l'inspecteur des Finances français écrit: «La création de sociétés est devenue une industrie nationale. Le système de prête-nom s'est répandu. Tel expert-comptable, tel clerc de notaire, telle femme ou telle jeune fille, de situation notoirement modeste, se voient attribuer sur le papier un appréciable paquet d'actions.»

Le cas de Mandel Szkolnikoff (2) est le plus révélateur de cet affairisme effréné qui saisit toute la principauté, du Palais à l'homme de la rue. Szkolnikoff, dit «Monsieur Michel», est un très gros fournisseur des SS. Plus précisément, cet apatride, juif d'origine russe, est le fournisseur exclusif du département économique de la SS à Paris. Grâce à son patron, Fritz Engelke, un proche de Himmler, Szkolnikoff devient très vite l'un des hommes les plus riches de France. Et il choisit Monaco pour investir la majorité de son immense fortune – et les millions que les nazis lui ont confiés.

Son premier prête-nom est un caissier du Casino, rencontré par hasard un soir de déveine. Grâce à lui, Szkolnikoff achète incognito ses premiers hôtels à Monaco (le Windsor, puis le Louvre, le Régina...), des villas, des immeubles aussi. Un autre homme de paille sera un modeste comptable. Avec lui, le trafiquant créera discrètement une holding financière, la Société de Participations générales, qui elle-même rachètera d'autres hôtels de luxe (le Saint James, le Trianon, le Helder, le Mirabeau...). Une folie immobilière s'empare de Monaco. Quand Szkolnikoff arrive dans la principauté, les prix augmentent de 25%. Au total, en 1944, presque toute l'hôtellerie monégasque appartient de fait à l'homme des SS – et à ses maîtres de Berlin. Une excellente affaire pour la dizaine de prête-noms, pour les notaires, les avocats, les intermédiaires... et pour le Trésor princier: les transactions immobilières sont taxées. Les droits de mutation, qui n'atteignent pas 400000 francs en 1938, dépassent 15 millions en 1943...
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MessageSujet: Re: Monaco : occupation allemande 1943-1944   Mer 26 Mar 2008 - 15:47

Pour le Palais, comme pour bon nombre de Monégasques, l'Occupation est donc une manne inespérée. Grâce à l'argent sale du Reich, la principauté redevient opulente. Il y a plus encore. En 1939, Monaco est un minuscule Etat neutre sous tutelle française. Personne ne le prend vraiment au sérieux. Mais le prince LouisII et surtout son ministre d'Etat, le préfet français Emile Roblot (3), rêvent de grandeur, de stature internationale. Grâce à la guerre, ils peuvent y parvenir, croient-ils. Leur objectif? Transformer la principauté en une capitale financière de l'Europe hitlérienne...

LouisII fait tout pour séduire le Reich. Ce qui n'enchante pas forcément ses petits-enfants. En août 1942, le capitaine Ardant dit au consul de France: «La princesse, très anglophile, désapprouve ouvertement les tendances favorables à l'Axe que manifestent le prince Louis et son gouvernement.» Des tendances? En novembre 1942, après le débarquement allié en Afrique du Nord, les troupes du Duce entrent dans la principauté. LouisII écrit aux responsables allemands. Il demande aux nazis de garantir l'indépendance de son Etat, d'empêcher l'Italie d'annexer Monaco. Pour cela il rappelle à Berlin sa politique collaborationniste: «Depuis 1940, écrit-il, le gouvernement de la principauté s'est attaché à établir une coopération sincère et sans réticence [sic!] avec les autorités allemandes. Le gouvernement princier ne s'est pas contenté d'affirmer verbalement cette politique, il l'a mise résolument en pratique.» Comment? «Les industriels et commerçants allemands ont été accueillis en principauté, et le gouvernement monégasque a récemment conclu avec le Reich un traité d'exploitation d'un poste de radio diffusion à Monaco [NDLR: Radio-Monte-Carlo, voir encadré, page 8].»

Les Allemands entendent l'appel. Ils acceptent de contrebalancer l'influence italienne. En juin 1943, un consul d'Allemagne est nommé à Monaco: c'est la première fois depuis 1914. Les autorités monégasques exultent. Jeannequin écrit à Vichy: «Dès le soir de son arrivée à Monaco et avant toute visite officielle, le consul général d'Allemagne, le DrHellenthal, a été l'hôte d'un grand dîner donné à l'Hôtel de Paris par la Société des Bains de Mer et auquel assistait le ministre d'Etat Roblot.» Le consul ajoute: «Le lendemain même, le prince le recevait à son tour et lui offrait un repas, dont on m'a rapporté que la somptuosité ne cadrait guère avec le temps de restriction que nous vivons.»

En septembre 1943, l'Italie dépose les armes. Le 9, les troupes allemandes – et les services de répression antijuive (voir page10) – occupent Monaco. Le lendemain, le ministre Roblot fait placarder une affiche louangeuse pour les nouveaux maîtres. Il écrit: «Les troupes allemandes s'installent dans la principauté parce que les événements de la guerre l'exigent. Mais les autorités allemandes ont agi avec la plus grande courtoisie envers le prince et son gouvernement.» Mieux: «Elles ont déclaré qu'elles entendent respecter l'indépendance et la souveraineté du prince.»

Et, plus important encore, les nazis donnent des gages de bonne volonté au prince, en monnaie sonnante et trébuchante. Dans son rapport de février 1944, l'inspecteur des Finances Montarnal explique: «M.Roblot ne m'a pas caché qu'il avait obtenu des autorités allemandes, moyennant rétrocession d'une faible part – quelques millions –, le déblocage dans le Reich des valeurs financières appartenant tant au gouvernement qu'au prince pour 50 millions environ au total.»

Pourquoi tant de sollicitude? Le nouveau consul de France à Monaco, M.Deleau, cherche à comprendre. Il écrit à Vichy le 28 octobre 1943: «Ce traitement préférentiel ne paraît guère explicable autrement que par une politique à longue échéance. Le gouvernement du Reich ne cherche-t-il pas à favoriser l'ascension de la principauté à la position internationale qu'elle a l'ambition d'occuper dans le monde de demain?» Et il ajoute: «N'espère-t-il pas ce faisant bénéficier des avantages que pourrait lui valoir, dans l'avenir, l'existence sur les bords de la Méditerranée d'un petit Etat autonome dans lequel il dispose d'une solide position financière?»

Le consul voit juste. Fin 1943, les nazis ont une raison très précise de cajoler le prince. Depuis plusieurs mois, son ministre d'Etat, Emile Roblot, mène des négociations secrètes avec les autorités bancaires allemandes. Le représentant de la Reichsbank à Paris, Karl Schaeffer, révélera après la guerre aux services secrets français: en 1941, un «ami du prince m'a proposé la création d'une banque allemande très importante à Monaco. J'ai trouvé ces propositions prématurées». En mars 1942, Emile Roblot revient à la charge. Schaeffer refuse une nouvelle fois: la principautéest encore dans la zone d'influence italienne. La chute du Duce ouvre les voies au grand projet. Les dignitaires nazis sont cette fois très demandeurs. La fin de la guerre approche. Ils veulent mettre à l'abri leur fortune. Un moyen parmi les plus sûrs: créer un établissement financier totalement dans leurs mains. Où? Dans un pays neutre. Mais lequel? Depuis quelques mois, les Alliés ont mis en garde tous les pays qui blanchiraient sciemment l'argent nazi. Les refuges traditionnels deviennent méfiants, même la Suisse... Schaeffer explique: «Le fait que Monaco a été choisi comme siège de cet établissement est dû aux réserves qui nous ont été faites par la Suisse et la Suède, ces deux pays n'ayant pas accordé la concession.» A Monaco, en revanche, l'accueil est chaleureux. Dans une note du 18 octobre 1943, un diplomate allemand écrit: «M.Roblot serait disposé à accorder à la création d'une banque allemande à Monaco toutes les facilités.»

Pour négocier discrètement avec la principauté, le Reich envoie Johannes Charles, un financier de l'ombre. Suisse francophone, il est, en 1941, arrêté dans son pays pour propagande nazie. Libéré, il s'enfuit en Allemagne, où il est repéré et embauché par les services secrets du Reich. Il est naturalisé allemand, puis placé dans la Reichsbank comme «chargé de mission». Il racontera la suite à un commissaire de la DST après son arrestation en octobre 1944. «D'abord, dit-il, j'ai été envoyé en Espagne et au Portugal pour effectuer diverses opérations financières.» Autrement dit, de l'évasion de capitaux nazis. Puis, ajoute-t-il, «je suis venu à Monaco. J'avais pour mission de créer dans la principauté une "filiale occulte" de la Reichsbank». Son nom: la banque Charles et Cie.

Emile Roblot délivre une licence de banquier à Johannes Charles en novembre 1943. L'espion disparaît. Le 5 mai 1944, Monaco est officiellement rayé de la liste des ennemis du Reich. Charles revient. Il rencontre les principaux notables de Monaco. Certains travailleront avec lui. Il confie, par exemple, toutes les démarches administratives au doyen des avocats de la principauté. Et la banque Charles est officiellement créée par-devant le notaire Louis Auréglia, maire de Monaco. Quand? Le 21 juillet 1944 – plus d'un mois après le Débarquement. L'opération de camouflage peut commencer. Dans le plus grand secret, l'Aerobank – la seule banque allemande travaillant en France – demande à sa succursale parisienne de fournir secrètement 75millions à Charles. Comment? «Peu importe le procédé, écrit Schaeffer aux dirigeants de l'Aerobank, pourvu qu'on ne puisse pas découvrir l'origine de cette somme.» Ainsi, par divers circuits, une fortune arrive fin juillet à Monaco sur les comptes de Charles. Et c'est avec cet argent que le financier noir devient l'actionnaire principal de la banque qui porte son nom.

La vraie nature de cette officine de blanchiment gêne-t-elle le prince? Pas le moins du monde, semble-t-il. Il y trouve même son compte. La preuve: Karl Schaeffer et Charles rencontrent deux fois LouisII et Roblot, le 3 et le 10 août 1944; et Charles confirme leur discussion dans une lettre au ministre d'Etat: il se dit «particulièrement heureux d'apprendre que SAS le Prince a daigné accepter le principe d'une participation financière de sa part et de la part de l'Etat monégasque».

LouisII n'ira pas jusque-là, faute de temps. Le 3 septembre, la principauté est libérée. Charles reste à Monaco; il pense qu'il est protégé par le prince. Pourtant il est arrêté dix jours plus tard par les FFI et jeté en prison à Nice. L'épuration commence – une épuration bien sélective...

Charles, Szkolnikoff, le Casino... Fin 1944, Monaco exhale une insupportable odeur d'argent sale. De vieux Monégasques, comme le maire d'avant-guerre, dénoncent les compromissions des notables (voir encadrépage 11). Certains résistants – et ils ont été nombreux dans la principauté – veulent même en finir avec Monaco, Etat indépendant. Dans ses Mémoires (4), Raymond Aubrac, qui fut commissaire régional de République à Marseille à la fin de 1944, écrit: «La Résistance monégasque, bien organisée, me proposa d'annexer [la principauté] purement et simplement. Je commis ici une erreur.» Aubrac propose en effet cette annexion au général de Gaulle, qui lui répond: «Si vous l'aviez fait sans me le dire, je vous aurais blâmé officiellement, mais approuvé personnellement. Vous me demandez l'autorisation, je dois vous la refuser.»

LouisII garde donc son trône. Il s'oppose même, un temps, au départ de Roblot. Outre la Résistance, c'est pourtant Rainier qui le réclame publiquement. Le 11 septembre, le jeune prince écrit même à son grand-père qu'il ne rentrera au palais que lorsque le ministre d'Etat en sera chassé (voir encadréci-contre). Finalement Roblot, menacé de mort, fuit la principauté en pleine nuit et rentre à Paris. Il ne sera jamais inquiété et mourra en 1963. Quant à Rainier, il s'engage à la fin de septembre 1944 dans l'armée française et ne rentrera d’Allemagne – avec la croix de guerre – qu'en janvier 1947... Entre-temps LouisII fait fructifier le patrimoine des Grimaldi, toujours grâce à la guerre. Mais cette fois en menaçant la France. Comment? En octobre 1944, les services secrets français obligent LouisII à mettre sous séquestre les biens allemands investis dans la principauté – essentiellement ceux de Szkolnikoff et de Charles. C'est promis, le prince les fera vendre au profit du Trésor français. Mais, comme de juste, il veut une part du gâteau. Personnellement. Officiellement, c'est pour réparer les dommages de guerre subis par son château de Marchais dans l'Aisne (voir l'article de François Caviglioli page 14). En réalité, il s'agit de couvrir ses dépenses courantes, son train de vie fastueux. L'accord est signé le 20 octobre 1944. Il y manque deux clauses essentielles: le montant des «dommages» subis par le prince et la date limite pour la vente des biens séquestrés. Et, bien sûr, LouisII comprend le parti qu'il peut tirer de ces incroyables oublis: retarder les ventes le plus longtemps possible pour pouvoir négocier des indemnités maximales.

Ainsi, pendant trois ans, le gouvernement monégasque procède à très peu d'adjudications. Le ministère français des Finances s'impatiente, puis comprend le chantage et s'y plie: il a terriblement besoin des milliards de Szkolnikoff. Une conférence interministérielle est donc organisée le 19août 1947. Secrètement elle décide un traitement de faveur pour LouisII. Le prince obtient notamment un avantage exorbitant: selon la loi française, les dégâts sur les biens somptuaires ne sont pas indemnisés; or une mission française évalue les réparations à effectuer dans les propriétés du prince à 60 millions de francs, dont 37 pour les biens somptuaires. La conférence interministérielle décide pourtant que le souverain monégasque recevra bien... 60 millions, sur ses comptes personnels à la Barclays Bank et à la Société marseillaise de Crédit. Un cadeau donc de 37 millions! LouisII est gourmand et pressé. Il veut des avances. Le directeur des services fiscaux monégasques écrit à Paris en octobre 1947: «Le prince, dont la trésorerie personnelle est actuellement assez difficile, a besoin d'argent frais.» Et le fonctionnaire menace: «Du point de vue des relations franco-monégasques, il serait excellent qu'il reçoive dans les plus brefs délais un acompte.» Sinon pas de ventes...

LouisII défend aussi ses amis. Les notables monégasques, ceux qui ont été les plus mouillés dans les affaires, Charles et Szkolnikoff, ne subiront pas l'épuration. Seuls les hommes de paille sans envergure seront arrêtés et condamnés à de lourdes peines. En revanche, le notaire monégasque deSzkolnikoff, celui qui a arrangé, créé la plupart de ses affaires, sera protégé. Ses biens seront séquestrés en France. Mais pas à Monaco. Les Américains et les Français se plaignent. Réponse du gouvernement princier: «Une telle mesure risquerait de générer des incidents locaux.» Même protection pour le promoteur le plus célèbre de Monaco. Il a été président de plusieurs sociétés écrans de Szkolnikoff. Avec l'homme des SS, il a aussi créé une affaire pour la construction d'un immeuble de luxe. Le ministre des Finances monégasque écrira à ce sujet, après la guerre: «La combinaison échafaudée en 1943 entre Szkolnikoff et [ce promoteur] revenait à faire édifier un immeuble avec des capitaux provenant de pillages, de vols et de dépradations.» Pourtant, là encore, les biens du promoteur seront séquestrés en France, mais pas à Monaco. L'homme est un ami du prince. Plus tard il construira même la majorité des immeubles de luxe dans la principauté.VINCENT JAUVERT

(1) Cet ouvrage, remarquablement illustré, est disponible à:Fils et Filles de déportés juifs de France, 32, rue La Boétie, 75008 Paris.

(2) Au sujet de Szkolnikoff, lire «Trafics et crimes sous l'Occupation», par Jacques Delarue (Fayard, 1968).

(3) Depuis les années 30, le Premier ministre de Monaco le ministre d'Etat – est obligatoirement un Français.

(4) «Où la mémoire s'attarde», par Raymond Aubrac, Odile Jacob, 1996.




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MessageSujet: Re: Monaco : occupation allemande 1943-1944   Mer 26 Mar 2008 - 16:50

"La guerre, il y a ceux qui la font et ceux qui en profite". Napoléon.
Halliburton et Grimaldi même combat. :pig:
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MessageSujet: Re: Monaco : occupation allemande 1943-1944   Sam 18 Sep 2010 - 5:43

Monaco:

Kleine Einheiten der deutschen Kriegsmarine sind zu kurzem Augenthalt in den Hafen von Monte Carlo eingelaufen. Ein Soldat der fürtslichen Garde, den die Seeleute beim Land gang um Auskunft fragten, lässt sich die deutschen Marineuniformen erklären.

Matelots de la KM et garde du palais princier:



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MessageSujet: Re: Monaco : occupation allemande 1943-1944   Sam 18 Sep 2010 - 5:47

Monaco: soldats allemands au jardin des plantes exotiques:









"Touristes" à Monte Carlo:



Sur le Rocher devant le jardin du Palais princier et ses canons anciens:





Dernière édition par Admin le Sam 18 Sep 2010 - 5:59, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Monaco : occupation allemande 1943-1944   Sam 18 Sep 2010 - 5:57

Comme des coqs en pate à Monaco !!!!



Panorama sur le port:

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MessageSujet: Re: Monaco : occupation allemande 1943-1944   Jeu 17 Fév 2011 - 12:03

Occupation et libération:

bonne lecture...

http://www.jean-michel-gomez.net/LOccupation_et_la_Resistance_a_Monaco.htm
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MessageSujet: Re: Monaco : occupation allemande 1943-1944   Dim 1 Sep 2013 - 11:46

Camion allemand devant la gare de Monte Carlo 1943 :


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MessageSujet: Re: Monaco : occupation allemande 1943-1944   Dim 1 Sep 2013 - 14:19

Ne serait-ce pas un camion français (ou ex- français) Bernard ? Et l’immatriculation ne me semble pas allemande : elle ne commence pas par exemple par WH ou WL ou WK.

Emmanuel
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MessageSujet: Re: Monaco : occupation allemande 1943-1944   Mar 3 Sep 2013 - 4:29

Pour nos spécialistes " Marine de Guerre " :

Pendant l’occupation allemande, la Principauté a été bombardée à plusieurs reprises et particulièrement en Juillet et Août 1944. Ces bombardements effectués par des avions anglais et américains, avaient pour objet de détruire un blockhaus contenant un centre repérage de sous-marins, et de couler des bateaux allemands, transportant des munitions et qui s’étaient réfugiés dans le port de Monaco.

    Ces bombardements ont atteint une partie de leur objectif puisque le blockhaus a été mis hors d’usage et que l’Hôtel de la Paix, qui abritait l’Etat-major de la marine allemande, a été détruit. [Malheureusement] une douzaine d’immeubles ont été sérieusement touchés et il faut déplorer 29 morts.


sources : Commission d'histoire de l'occupation et de la libération de la France

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MessageSujet: Re: Monaco : occupation allemande 1943-1944   Mar 29 Avr 2014 - 3:44


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MessageSujet: Re: Monaco : occupation allemande 1943-1944   Mar 10 Mar 2015 - 15:47

Admin a écrit:
Monaco: soldats allemands au jardin des plantes exotiques:




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MessageSujet: Re: Monaco : occupation allemande 1943-1944   Jeu 12 Mar 2015 - 5:17

Soldats allemands à Monaco :









Deux officiers allemands dans le jardin exotique , dont le Haupmann ( Capitaine) Ralf Buchner ( photo prise le 12 mai 1944 ) , Ralf Büchner était Capitaine dans la 277 ID (info David Mallen)



Sous off de la 277 ID, Aide de camp de Ralf Büchner.

doc JP Bascoul

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MessageSujet: Re: Monaco : occupation allemande 1943-1944   Dim 9 Aoû 2015 - 8:09

Voiture allemande dans Monaco


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MessageSujet: Re: Monaco : occupation allemande 1943-1944   Lun 7 Mar 2016 - 6:34

Devant le Casino :



( doc Photo Mairie de Monaco Fond Régional )

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MessageSujet: Re: Monaco : occupation allemande 1943-1944   Mer 29 Juin 2016 - 5:17

http://www.europe1.fr/emissions/au-coeur-de-l-histoire/au-coeur-de-lhistoire-monaco-sous-loccupation-2726002

Le nouveau livre de Pierre Abramovici s’intéresse à Monaco sous l’occupation. Un épisode passionnant de l’histoire de la principauté, que Franck Ferrand a choisi d’évoquer

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MessageSujet: Re: Monaco : occupation allemande 1943-1944   Jeu 30 Juin 2016 - 3:00

doc JP Bascoul



Monaco deux soldats allemands en tenue tropicales devant le Casino ( 2 adjudants panzergrenadier)
19 Aout 1943

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MessageSujet: Re: Monaco : occupation allemande 1943-1944   Dim 27 Nov 2016 - 5:58

https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_Monaco_pendant_la_Seconde_Guerre_mondiale

Histoire de Monaco pendant la Seconde Guerre mondiale

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