étude des fortifications allemandes sur la côte méditerranéenne en France
 
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 Accords de Nevers et Accords Laval - Kaufman

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Capu Rossu
Spécialiste: artillerie et marine de guerre
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MessageSujet: Accords de Nevers et Accords Laval - Kaufman   Mar 16 Mar 2010 - 14:34

A la déclaration de guerre par Mussolini, les Britanniques ne sont pas préparés pour la guerre en Méditerranée. La Mediterranean Fleet d’Alexandrie doit même être renforcée par une escadre française, la Force X, composée initialement de trois cuirassés, quatre croiseurs, trois torpilleurs et un sous-marin.
Pour interdire les relations entre l’Italie et la Tripolitaine, s’ils disposent de la position de Malte, celle-ci est inapte à remplir un rôle quelconque car l’île est pratiquement désarmée.
Sa défense repose alors sur trois chasseurs biplans Gloster Gladiator appelés Faith, Charity and Hope, (la Foi, La Charité et l’Espoir).
L’Italie ne prit pas la peine d’attaquer l’île désarmée, elle allait payer cette erreur très cher par la suite.
En juin 1940, la marine marchande italienne se compose de 1227 navires totalisant 3.424.000 tonneaux de jauge brute. Mais un quart de cette flotte est hors-Méditerranée et est donc perdu pour l’effort de guerre italien. Ces quelques trois cents navires sont parmi les plus importants et le tonnage disponible en Méditerranée « tombe » à 2.674.000 tonneaux. Cette « saignée » n’est nullement compensée par l’appoint des 27 navires allemands (120.000 tx) que la guerre a surpris en Méditerranée.
Malgré les nombreux bombardements germano-italiens, la Royal Navy et la RAF vont depuis Malte décimer les convois italiens qui tentent de ravitailler les forces de l’Axe en Afrique du Nord.
Les pertes vont être très lourdes et les marins italiens donneront le nom de « Rotta della Morte » aux liaisons maritimes entre les ports italiens et la Tripolitaine.
Pour compenser un tant soit peu, ces pertes croissantes, Berlin et Rome font le forcing auprès de Vichy pour obtenir du tonnage. Dans un premier temps, Vichy accepte d’affréter « coque nue », c'est-à-dire sans équipage, 8 navires à l’Italie : 3 pétroliers, 2 cargos et 2 remorqueurs (16.000 tx) mais se refuse à livrer les navires grecs, belges, néerlandais, danois ou norvégiens qui sont demeurés dans les ports français après l’armistice. Cette cession pourrait rompre le fragile consensus franco-américain qui garantit la « neutralité » des Antilles et le maintien sous pavillon français des bâtiments qui s’y sont réfugiés.
Néanmoins, 8 cargos, soit 35.000 tx, sont cédé aux Allemands qui, faute de pouvoir leur fournir un équipage les rétrocèdent aux Italiens. Fort de ce premier succès, le Reich insiste pour obtenir 125.000 tonneaux de navires supplémentaires. L’amiral Darlan, alors chef du gouvernement français, rejette catégoriquement la demande allemande le 21 décembre 1941.
Hitler furieux oblige alors le Maréchal à rappeler comme chef du gouvernement le président Laval, mieux disposé à l’égard du Reich.
A l’été 1942, le Reich réitère sa demande de cession pour 135.000 tx tandis que l’Italie exige la cession des navires grecs et yougoslaves. La demande plaide en faveur de la lutte contre le Bolchevisme, l’Axe étant depuis en guerre contre l’URSS.
Le 27 août, le président Laval rencontre à Nevers le gauleiter Kauffman, haut-commissaire de la navigation. Celui-ci notifie les besoins du Reich, soit 200.000 tonneaux, et précise que si le tonnage étranger ne suffit pas, il devra compléter avec des navires français !
Le 28, le président Laval signe les accords de Nevers qui cèdent au Reich 29 navires, soit 115.000 tonneaux. Des problèmes d’équipage font que seulement 8 navires seulement auront quitté Marseille pour l’Italie avant le 8 novembre.
Je n’évoquerai pas dans ce post les évènements postérieurs au 8 novembre, invasion de la Zone Libre, désarmement de l’Armée Française et sabordage de la Flotte.
A ce moment, il ne reste plus que 10 cargos pour assurer le ravitaillement de la Lybie et Reggia Marina a du mettre en ligne 47 sous-marins pour « jouer » au cargo. Aussi, les 708.458 tonneaux de navires français immobilisés principalement à Marseille attisent la convoitise de l’Axe.
Le 21, la Kriegsmarine prépare l’opération Senta : la prise des navires marchands français. Pour ce faire, il dispose de150 officiers et 750 marins rendus disponibles par l’abandon de Gisela, occupation de l’Espagne.
Les Allemands n’auront pas à intervenir car, le 22 novembre, le président Laval fait remettre au gauleiter Kauffman une lettre pour le Führer dans la quelle il annonce qu’il met à la disposition du Reich 158 navires, soit 646.000 tx, pour les transports urgents en vue de la reconquête de l’Afrique du Nord. La France se réserve l’usage de 18 navires, 50.000 tx, pour les besoins français, liaisons avec la Corse, cabotage côtier et liaisons avec l’Espagne.
Ces navires sont prêtés gratuitement au Reich et les assurances relatives aux risques de guerre sont à la charge du gouvernement français !
Les navires appareilleront avec leur propre équipage, ou avec des volontaires français ou, si ces deux conditions ne peuvent être remplies, avec un équipage allemand.
Le 1er décembre, une réunion germano-italienne se tient à Rome sous la présidence du maréchal Goering. Y participent Kesselring, Rommel, Cavallero et Kauffman. Cette réunion affecte aux liaisons avec la Tunisie la plus grande partie de ces navires, les autres étant envoyés en Adriatique, mer Egée et Mer Noire.
Pour ces derniers navires, les Allemands acceptent de payer une indemnité de location égale à 5% de leur valeur au 31 août 1939 plus une indemnité d’amortissement de 5% de cette même valeur durant la totalité de leur mise à disposition.
L’accord de cession est signé à Paris le 23 janvier 1943 par le gauleiter Kauffman et Mr. Nicol qui représente le président Laval.
Dès leur arrivée à Marseille, les Allemands avaient accéléré la mise en route vers l’Italie des navires mis à leur disposition par les Accords de Nevers et toujours dans la cité phocéenne. Ils s’emploient ensuite à mettre en route les navires français. Les hommes de l’amiral Mensche, Kriegsmarine Dienst Marseille, prennent possession des navires. Ils ne font pas dans la dentelle et accordent « généreusement » une heure voire deux aux matelots français pour rassembler leurs affaires et débarquer. La plupart des capitaines allemands signeront sans même procéder à un contrôle contradictoire les inventaires que leur présentèrent les commandant français ainsi qu’il est d’usage pour toute opération d’affrètement.
A Rome, les services de l’amiral Welchod planifiaient la mise en route des navires et mettaient en place les escortes quand ils pouvaient disposer de navires d’escortes, ce qui fut loin d’être le cas surtout dans les premiers jours où les navires appareillèrent de Marseille isolément.
Navigation isolée « suicidaire » puisque le 3 décembre 1942, le cargo Sainte Marguerite II était coulé en cours de transfert par le HMS Ursula. Informés des mouvements allemands par son service de décryptement, l’Amirauté britannique avait ordonné dès le 21 novembre à ses sous marins de « sink at sigth », c'est-à-dire de couler à vue tout navire faisant route à l’Est. Cette perte sera suivie le 10 janvier de celle du Dalny et le 14 de celle de l’Oued Tiflet. L’amiral Wilchold, malgré son désir de voir les navires français rallier au plus tôt les ports italiens se résoudra à former des convois de deux ou trois navires avec escorte de patrouilleurs.
Au moment où messieurs Nicol et Kauffman paraphent les Accords Laval – Kauffman, la moitié des 158 navires aura pris le chemin de l’Italie.
Dans le but d’améliorer leur capacité de transports, les Italiens décidèrent de transformer les 9 sous-marins français saisis à Bizerte par les Allemands et 1 venant de Toulon, incomplètement sabordé, en transports. Seul le Phoque, rebaptisé FR 111, effectua, après transformation à Castellamara, une mission de ravitaillement de l’île de Lampedusa. Il fut coulé le 28 janvier au large de la Sicile en retournant vers Augusta. Aucun des autres ne fut remis en service. 2 furent sabordés le 6 mai 1943 à Bizerte. Tous les autres furent coulés soit par les Alliés, soit par les Italiens, soit les Allemands lors des évènements de septembre 1943.
Le 28 juillet 1943, le Führer fit saisir 15 nouveaux navires français pour compenser les pertes subies depuis le 1er janvier. Les protestations du président Laval ne permirent qu’un court sursis. L’accord du 3 septembre obligeait la France à céder 7 navires tandis que les Allemands en rendaient 8 chauffant au mazout et qui n’avaient jamais quitté Marseille.
En juin 1944, ceux qui avaient survécus dans les ports français ou qui avaient été restitués furent sabordés pour embouteiller les ports de Marseille, Cassis et Nice. 8 petites unités avaient pu être récupérées en Italie après le 8 septembre.
Le 1er août 1944, les Allemands déclarent par l’intermédiaire de la Commission d’Armistice qu’ils sont d’accord pour verser 219.433.149 francs d’indemnité d’affrètement et d’amortissement dues pour la première année des navires remis. Geste dérisoire si on considère que quasiment tous les bâtiments ont été coulés ! Sur les 700.000 tonneaux de navires cédés par les Accords Laval – Kauffman, 25.000 sont récupérés à flot, 400.000 ont été coulés en opération sous pavillon italien ou allemand et 270.000 sabordés en 1944.
Lors de leur livraison, les navires appareillèrent avec des équipages allemands. Les marins français ne se sont pas bousculés pour se porter volontaires. De plus, après la défection des colonies d’AOF et d’AEF, les Allemands ne faisaient plus confiance au Français. Aucun équipage italien ne fut envoyé à Marseille : les autorités françaises avaient fait valoir que la venue des marins italiens pouvaient entraîner des débordements suite à la rancœur des populations envers l’Italie depuis le « coup de poignard dans le dos ».

@+
Alain
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MessageSujet: Re: Accords de Nevers et Accords Laval - Kaufman   Mer 17 Mar 2010 - 7:01

bien interessant
merci
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